Pouvoir constitué : définition et différence avec le pouvoir constituant

Le pouvoir constitué est créé par l’ordre constitutionnel pour exercer des compétences déterminées dans le respect de limites juridiques préexistantes.

Daniel Sardá · Publié: · 5 min de lecture

Le pouvoir constitué est l’autorité créée et organisée par l’ordre constitutionnel pour exercer des compétences déterminées. Il n’établit pas lui-même les règles fondamentales du système : il agit dans leur cadre et reste soumis à leurs procédures, droits et contrôles.

Un parlement qui adopte des lois, un gouvernement qui administre et des tribunaux qui tranchent des litiges en sont des exemples courants. Chacun peut prendre des décisions publiques, mais aucun ne dispose d’une autorisation générale de faire n’importe quoi.

Définition brève : le pouvoir constitué tient son existence, ses prérogatives et ses limites de l’ordre constitutionnel.

Pouvoir constitué et pouvoir constituant : la différence centrale

La distinction dépend de la relation que chaque pouvoir entretient avec la Constitution.

Le pouvoir constituant crée ou redéfinit le cadre constitutionnel. Il décide des règles fondamentales, répartit les compétences et organise les institutions. Le pouvoir constitué, lui, commence à agir une fois ce cadre établi et exerce les attributions que celui-ci lui reconnaît.

On peut résumer cette différence en trois oppositions :

  • Le pouvoir constituant établit l’ordre ; le pouvoir constitué agit dans son cadre.
  • Le pouvoir constituant remplit une fonction fondatrice ou de révision ; le pouvoir constitué exerce les fonctions ordinaires de gouvernement.
  • Le pouvoir constitué est dérivé et juridiquement limité ; les restrictions du pouvoir constituant dépendent de ce que l’on parle du pouvoir originaire ou du pouvoir de révision.

Cette dernière précision importe. Il ne convient pas d’affirmer sans nuances que tout pouvoir constituant est illimité. Le pouvoir de révision constitutionnelle est généralement encadré par des compétences et des procédures en vigueur. La question des limites du pouvoir originaire, pour sa part, reste l’objet de discussions doctrinales. L’article sur le pouvoir constituant limité développe cette différence.

Idée clé : une origine démocratique commune ne rend pas ces deux pouvoirs équivalents. Gouverner conformément à une constitution n’est pas la même chose que la créer ou la réviser.

Pourquoi parle-t-on de pouvoirs constitués au pluriel ?

Le singulier, pouvoir constitué, désigne une catégorie. Le pluriel, pouvoirs constitués, souligne que le pouvoir public est généralement réparti entre plusieurs organes aux fonctions différentes.

Le pouvoir législatif, le gouvernement et les tribunaux en sont les exemples les plus connus. Ils ne constituent toutefois pas une liste universelle ni close. Chaque constitution définit sa propre architecture et peut reconnaître d’autres organes constitutionnels dotés de compétences spécifiques.

Identifier un pouvoir constitué exige donc davantage que de vérifier qu’une autorité appartient à l’État. Il faut demander quelle norme la crée, quelles prérogatives elle lui attribue, selon quelles procédures elle peut agir et à quels contrôles ses décisions sont soumises.

La pluralité remplit aussi une fonction institutionnelle. La séparation des pouvoirs répartit les tâches et permet à différentes autorités de se contrôler mutuellement. Son efficacité dépend néanmoins du fonctionnement pratique de cette répartition, qui ne doit pas exister seulement sur le papier.

Quelles sont les limites d’un pouvoir constitué ?

Un pouvoir constitué ne peut légitimement agir en dehors de toute règle. Ses limites se présentent généralement sous plusieurs dimensions :

  • Compétence : il ne peut décider que dans les matières qui lui sont attribuées.
  • Procédure : il doit agir selon les formes exigées par l’ordre juridique.
  • Droits : ses décisions doivent respecter les libertés et les garanties reconnues.
  • Contrôles : d’autres organes peuvent examiner, freiner ou annuler certains actes.

La Constitution espagnole en offre une illustration claire, sans être un modèle universel : son article 9 soumet les pouvoirs publics à la Constitution et au reste de l’ordre juridique, et rejette l’arbitraire. L’idée générale figure aussi dans le concept d’État de droit promu par les Nations unies : l’État lui-même doit être soumis à des normes publiques, à des contrôles et à des responsabilités.

Qu’un pouvoir soit juridiquement limité ne signifie pas que ces limites soient toujours effectives. Une constitution écrite peut répartir précisément les compétences tout en étant dépourvue de tribunaux indépendants, de contrôles capables de fonctionner ou d’autorités disposées à la respecter.

Mise en garde : la qualité de pouvoir constitué décrit une position juridique limitée ; elle ne garantit pas à elle seule que le pouvoir politique respecte ses limites réelles.

Pourquoi cette distinction importe

Comprendre le pouvoir constitué permet de voir dans la Constitution davantage qu’un document énumérant des institutions. Sa fonction ne consiste pas seulement à créer des autorités, mais aussi à déterminer ce qu’elles peuvent faire et comment elles doivent le faire.

Dans la perspective du constitutionnalisme libéral (Lecture en espagnol), ce caractère dérivé est décisif : ceux qui exercent la coercition publique ne devraient pas pouvoir définir unilatéralement l’étendue de leurs propres prérogatives. Les compétences préétablies, les droits et les contrôles cherchent à remplacer la volonté arbitraire par un pouvoir encadré.

La distinction aide aussi à évaluer des conflits concrets. Lorsqu’une autorité invoque une majorité électorale, une urgence ou une finalité publique pour ignorer des limites constitutionnelles, la question pertinente n’est pas seulement de savoir si son objectif paraît souhaitable. Il faut aussi demander si elle possède la compétence pour agir, si elle a respecté la procédure et si sa décision peut être contrôlée.

Confusions fréquentes

Le pouvoir constitué n’est pas synonyme de Constitution. La Constitution est le cadre normatif ; les pouvoirs constitués sont des autorités organisées par ce cadre.

Il ne correspond pas non plus à un pouvoir souverain sans limites. Bien qu’il puisse adopter des décisions contraignantes, il agit au moyen de prérogatives reçues et délimitées.

Enfin, toute autorité publique ne doit pas être appelée pouvoir constitué sans autre précision. L’usage doctrinal se concentre généralement sur des organes constitutionnels importants, tandis que d’autres autorités agissent de manière subordonnée au sein de l’administration.

En somme, le pouvoir constitué est un pouvoir public, mais pas un pouvoir originaire. Sa caractéristique essentielle n’est pas seulement de pouvoir commander, légiférer ou juger, mais de devoir le faire conformément à des compétences et à des limites qu’il ne maîtrise pas à lui seul. Cette différence permet de comprendre pourquoi un ordre constitutionnel digne de ce nom organise le pouvoir tout en cherchant à le contenir.

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