Histoire de l’or et de l’argent comme monnaie et leur importance monétaire
Pourquoi l’or et l’argent ont dominé l’histoire monétaire, quels autres métaux ont servi de monnaie et quel rôle l’or conserve aujourd’hui comme réserve internationale.
Daniel Sardá · Publié: · 12 min de lecture
L’or et l’argent ont dominé l’histoire monétaire parce qu’ils résolvaient mieux que presque tout autre bien un problème central de toute économie : comment conserver, mesurer et transférer de la valeur de manière fiable. Ils n’ont pas été les seuls métaux utilisés comme monnaie, ni même les premiers partout, mais ils ont été ceux qui combinaient le mieux rareté, durabilité, divisibilité, facilité de transport et reconnaissance sociale. Et bien que nous ne vivions plus aujourd’hui sous un étalon métallique, l’or conserve une place monétaire particulière comme réserve officielle de confiance ultime, tandis que l’argent garde une importance historique, patrimoniale et financière bien plus résiduelle.
L’essentiel du sujet ne consiste ni à faire de l’or un fétiche ni à le traiter comme une solution magique. L’approche la plus sérieuse consiste à comprendre quelque chose de plus profond : l’or et l’argent ont été importants non seulement pour leurs propriétés physiques, mais parce qu’ils ont offert pendant des siècles une forme de valeur moins manipulable et moins dépendante de décisions politiques immédiates. C’est pourquoi ils conservent une place particulière aussi bien dans l’histoire monétaire que dans l’imaginaire de ceux qui associent une monnaie solide à une plus grande liberté économique individuelle.
Ce qui permet à un métal de fonctionner comme monnaie
Tous les métaux ne conviennent pas aussi bien à un usage monétaire. Historiquement, une bonne monnaie devait combiner plusieurs propriétés à la fois :
- la durabilité,
- la divisibilité,
- la facilité de transport,
- l’homogénéité,
- une relative difficulté de falsification,
- et une rareté suffisante pour conserver de la valeur.
L’explication de *Britannica* sur les pièces de monnaie et leur histoire montre précisément que les métaux sont devenus populaires comme monnaie grâce à ces qualités, et que la « véritable pièce de monnaie » est apparue lorsque des pièces métalliques dont le poids et la pureté étaient relativement garantis ont commencé à circuler avec des marques d’autorité.
Il convient ici de souligner une chose simple mais décisive : il ne suffit pas qu’un métal soit durable. Il doit aussi être raisonnablement rare et capable de concentrer de la valeur. C’est pourquoi certains métaux ont mieux fonctionné que d’autres.
Pourquoi l’or et l’argent ont dominé
L’or et l’argent ont dominé l’histoire monétaire parce qu’ils résolvaient mieux que presque tout autre bien le problème monétaire.
L’or
L’or présentait plusieurs avantages exceptionnels :
- une forte densité de valeur ;
- une durabilité considérable ;
- une facilité de stockage ;
- une utilité pour les paiements importants, les trésors et les réserves.
Cela le rendait particulièrement adapté aux fonctions monétaires de haute qualité : réserve de richesse, paiements de montant élevé et ancrage des systèmes monétaires.
L’argent
L’argent avait une densité de valeur inférieure à celle de l’or, mais conservait suffisamment de prestige, de rareté et de divisibilité pour exceller dans une circulation plus large et dans les paiements intermédiaires. Pendant longtemps, l’or convenait donc mieux aux grandes réserves et aux grandes transactions, tandis que l’argent était décisif pour la circulation quotidienne et commerciale.
L’explication de *Britannica* sur les étalons de valeur et son histoire de la frappe monétaire en Chine aident à voir cette dualité : l’histoire de la monnaie n’a pas été uniquement « centrée sur l’or » ; l’argent a joué un rôle considérable en Eurasie, en Amérique et dans les circuits commerciaux mondiaux.
La première monétisation métallique : électrum, or et argent
Les premières pièces réglementées sont généralement associées à la Lydie, en Asie Mineure, au VIIe siècle avant J.-C. L’explication de *Britannica* sur l’origine des pièces indique qu’elles étaient en électrum, un alliage naturel d’or et d’argent.
Ce détail compte parce qu’il montre trois choses :
- la monnaie n’a pas nécessairement commencé avec de l’or pur ;
- le passage à des systèmes monétaires perfectionnés a été progressif ;
- et l’or et l’argent étaient déjà au centre du processus dès les débuts de la frappe.
Cela aide à comprendre que l’histoire monétaire métallique n’a été ni linéaire ni simple. Il y a eu des mélanges, des alliages, des monnaies locales et des solutions différentes selon les lieux et les époques.
Quels autres métaux ont servi de monnaie ?
Outre l’or et l’argent, on a aussi utilisé historiquement :
- le cuivre,
- le bronze,
- le laiton,
- l’électrum.
La synthèse générale de *Britannica* sur la monnaie frappée montre clairement que ces métaux ont constitué une part importante de l’histoire monétaire antique et médiévale.
Ont-ils fonctionné comme monnaie ?
Oui, mais pas tous pour les mêmes usages.
Cuivre et bronze
Le cuivre et le bronze ont surtout bien fonctionné pour :
- la monnaie divisionnaire ;
- les petits paiements ;
- la circulation quotidienne.
Leur principal problème était leur faible densité de valeur. Ils étaient utiles pour acheter des biens modestes ou compléter des paiements, mais peu pratiques pour :
- les grandes réserves de richesse ;
- le commerce à longue distance à grande échelle ;
- les règlements importants.
Autrement dit, ils pouvaient fonctionner comme monnaie, mais pas aussi bien que l’or et l’argent pour les fonctions monétaires supérieures. C’est pourquoi, historiquement, l’or et l’argent ont occupé le sommet de la hiérarchie monétaire, tandis que le cuivre et le bronze sont restés davantage associés à la petite monnaie ou à la monnaie d’appoint.
Pourquoi certains métaux ont mieux fonctionné que d’autres
La différence fondamentale était la suivante :
il ne suffit pas qu’un métal soit résistant ; il doit aussi concentrer de la valeur.
Un métal trop abondant peut circuler comme petite monnaie, mais il est peu commode pour épargner de grandes sommes ou transférer une richesse importante. C’est pourquoi le cuivre ou le bronze, bien que durables et divisibles, sont restés en dessous de l’or et de l’argent comme monnaie de haute qualité.
L’histoire des pièces de monnaie dans *Britannica* permet de voir clairement cette hiérarchie. Les métaux n’étaient pas en concurrence sur un pied d’égalité. Certains convenaient mieux au sommet de la hiérarchie monétaire ; d’autres, aux pièces de moindre valeur.
L’or et l’argent comme systèmes monétaires, et pas seulement comme pièces
L’histoire monétaire n’a pas été simplement celle de « pièces métalliques ». Des systèmes complets se sont organisés autour de l’or et de l’argent.
Monométallisme
Dans un système monométallique, un seul métal — généralement l’or ou l’argent — sert de référence monétaire principale.
Bimétallisme
Dans le bimétallisme, les deux métaux circulent avec une reconnaissance légale. L’article de *Britannica* sur le bimétallisme explique le problème central : maintenir un rapport légal fixe entre les deux métaux lorsque le marché change.
Si le rapport légal ne correspond pas au rapport de marché, l’un des deux métaux tend à disparaître de la circulation. Le bimétallisme a donc été historiquement important, mais aussi instable.
La grande histoire monétaire de l’argent
L’argent a été particulièrement important dans la première mondialisation. L’histoire monétaire de la Chine dans *Britannica* indique que, notamment à la fin de la dynastie Ming, l’argent est devenu une référence centrale de compte et que même des pièces mexicaines en argent circulaient largement sur la côte chinoise.
Ce point est crucial parce qu’il rompt avec une simplification habituelle : l’histoire monétaire mondiale n’a pas été seulement celle de l’or. L’argent a structuré une grande partie du commerce mondial entre l’Amérique, l’Europe et l’Asie. Pendant des siècles, il a été le métal central de la circulation commerciale internationale quotidienne.
Le passage au papier et à la monnaie représentative
L’or et l’argent fonctionnaient très bien, mais avaient aussi des limites :
- un transport coûteux ;
- des risques de vol ;
- un besoin de vérification ;
- une difficulté opérationnelle dans les transactions complexes.
C’est pourquoi est apparue la monnaie représentative : des certificats, des reçus ou des billets convertibles en métal. La Réserve fédérale de Saint-Louis, dans son explication de ce qui fait qu’une chose est de la monnaie, rappelle que ce type de monnaie fonctionnait comme un document échangeable contre de l’or ou un autre bien conservé dans une chambre forte. La Banque centrale européenne résume la même idée : pendant un certain temps, la monnaie a consisté en billets échangeables contre de l’or ou de l’argent.
Il est important de l’expliquer ainsi : le papier n’a pas remplacé le métal d’un seul coup ; il l’a d’abord représenté.
L’étalon-or et l’importance historique de l’or
L’étalon-or était le système dans lequel la monnaie se définissait par une quantité fixe d’or et pouvait être convertie en or à ce taux. La House of Lords Library, dans son histoire de l’étalon-or britannique, rappelle que le Royaume-Uni a fonctionné sous un étalon-or officiel ou de fait pendant une grande partie de la période 1717-1931. Cela a fait de l’or le grand ancrage du système monétaire international pendant une bonne partie du XIXe siècle et au début du XXe.
Son importance historique a été considérable parce qu’il imposait une contrainte matérielle à l’expansion monétaire :
- il n’était pas facile d’émettre sans limites ;
- il existait une référence extérieure au pouvoir politique immédiat ;
- et la confiance reposait sur la convertibilité.
C’est pourquoi l’étalon-or conserve une place aussi forte dans la mémoire monétaire moderne.
Pourquoi l’or est associé à la liberté économique individuelle
Il convient ici d’être précis. Le lien entre l’or et la liberté économique n’est pas une loi physique, mais une interprétation historique, institutionnelle et politique. Il existe néanmoins des raisons claires pour lesquelles de nombreux courants libéraux classiques ou libertariens lui ont accordé autant d’importance.
A) Propriété directe
L’or peut être détenu directement par un individu, en dehors du système bancaire. Cela signifie :
- une moindre dépendance à des tiers ;
- une moindre dépendance à la solvabilité d’une banque ;
- une moindre dépendance à une promesse politique ou financière.
B) Limite au pouvoir discrétionnaire monétaire
Dans un système ancré sur l’or, il est plus difficile pour l’État et la banque émettrice d’accroître l’offre de monnaie sans restrictions. Cela ne le rend pas impossible, mais plus difficile que dans un système fiat pur. À cet égard, la célèbre conférence d’Alan Greenspan sur l’histoire de la monnaie est une référence utile pour comprendre pourquoi l’or a été associé, historiquement, à la discipline monétaire et à la méfiance envers l’expansion arbitraire de la monnaie.
C) Refuge face à la dégradation monétaire
L’or a historiquement servi de protection contre :
- l’inflation ;
- les dévaluations ;
- la perte de confiance dans la monnaie étatique.
D) Indépendance patrimoniale
Pour ceux qui défendent une vision libérale classique ou libertarienne, l’or représente une forme de patrimoine moins soumise aux décisions des banques centrales, des gouvernements ou des intermédiaires financiers.
Tout cela aide à expliquer pourquoi l’or réapparaît sans cesse dans les débats sur la liberté économique, la banque centrale, l’inflation et les limites au pouvoir monétaire.
Mais l’or ne résout pas tout
Il convient d’apporter une nuance forte pour que l’article ne prenne pas un ton doctrinaire. Un système ancré sur l’or limite le pouvoir discrétionnaire, certes, mais réduit aussi la flexibilité.
La Réserve fédérale de Saint-Louis, dans son explication des avantages d’un système fiat, rappelle précisément l’autre versant du débat : un système fiat peut répondre avec davantage d’élasticité aux crises bancaires, aux chocs de liquidité ou aux besoins de stabilisation macroéconomique.
Le véritable débat n’est donc pas simplement :
- « or = bon »
- « fiat = mauvais »
Il porte sur quelque chose de plus sérieux :
- la discipline monétaire face à
- l’élasticité du système.
C’est l’axe le plus défendable.
Quel rôle jouent aujourd’hui l’or et l’argent ?
Or
L’or joue toujours un rôle monétaire officiel. Le document de travail du FMI sur l’or comme réserve internationale rappelle qu’après avoir lentement diminué pendant des décennies, les avoirs en or des banques centrales ont recommencé à augmenter après la crise financière mondiale. Les auteurs montrent que l’or reste attrayant pour les banques centrales en raison de son rôle de refuge face à la volatilité économique, financière et géopolitique.
En outre, le World Gold Council, dans sa base de données sur les réserves officielles d’or par pays, souligne que l’or reste une composante importante des réserves des banques centrales grâce à ses caractéristiques de sécurité, de liquidité et de rendement, et que les banques centrales demeurent des détenteurs d’or très importants. Son Central Bank Gold Reserves Survey 2024 ajoute qu’en 2023, les banques centrales ont acheté 1 037 tonnes d’or et qu’une proportion significative d’entre elles prévoyait de continuer à accroître ses réserves.
Cela signifie que, même en l’absence d’étalon-or, l’or n’a pas cessé d’avoir une fonction monétaire stratégique.
Argent
L’argent n’a plus ce rôle monétaire officiel. Il conserve une valeur comme :
- actif d’investissement ;
- métal précieux ;
- intrant industriel ;
- réserve privée pour certains épargnants et investisseurs.
Mais il n’occupe pas la place institutionnelle de l’or dans les réserves officielles. L’explication de *Britannica* sur les étalons de valeur aide elle-même à voir cette différence historique : bien que l’argent ait été décisif pendant des siècles, dans le système monétaire contemporain, le métal stratégique par excellence demeure l’or.
L’or aujourd’hui comme réserve internationale
L’or reste présent dans le système monétaire comme actif de réserve international, et non comme base directe de la monnaie ayant cours légal. Le document de travail du FMI sur l’or et les réserves montre que plusieurs banques centrales, en particulier dans les économies émergentes, ont accru la part de l’or dans leurs réserves. Le World Gold Council confirme en outre que les banques centrales continuent de détenir d’importantes quantités officielles d’or.
Cela signifie que l’or conserve quelque chose qu’aucun autre métal ne maintient aujourd’hui avec la même force : une fonction monétaire officielle résiduelle mais stratégique.
L’argent aujourd’hui : moins de monnaie officielle, davantage d’investissement et d’industrie
L’argent reste important :
- historiquement ;
- financièrement ;
- et industriellement.
Mais, contrairement à l’or :
- il n’est pas aujourd’hui un actif central de réserve internationale ;
- il ne sert pas de pivot aux banques centrales ;
- et son rôle monétaire officiel est bien plus résiduel.
Cela ne supprime ni sa valeur patrimoniale ni son attrait pour certains investisseurs, mais explique pourquoi, dans les grands débats monétaires contemporains, le métal clé demeure l’or.
Conclusion
L’or et l’argent ont dominé l’histoire monétaire parce qu’ils résolvaient mieux que d’autres biens le problème de conserver, mesurer et transférer de la valeur. L’or a subsisté jusqu’à aujourd’hui comme actif monétaire officiel parce qu’il continue de fonctionner comme une réserve de confiance ultime, tandis que l’argent conserve une importance bien plus historique, financière et industrielle que monétaire au sens institutionnel.
Leur lien avec la liberté économique individuelle ne provient pas d’une mystique irrationnelle, mais de quelque chose de plus concret : pendant longtemps, l’or a offert — et, pour beaucoup, continue d’offrir — une forme d’épargne et de patrimoine moins dépendante de la volonté des émetteurs politiques et financiers.
Le point central de l’article peut donc se résumer ainsi :
La monnaie métallique, et surtout l’or, a été historiquement importante non seulement pour ses propriétés physiques, mais parce qu’elle offrait une forme de valeur moins manipulable et plus indépendante des décisions politiques immédiates. C’est pourquoi elle conserve une place particulière dans l’imaginaire monétaire et dans les réserves officielles.