Masse monétaire : définition, mesure et différence avec la base monétaire
La masse monétaire regroupe différentes formes de monnaie selon leur liquidité. Comprendre ses agrégats permet d’analyser le crédit, les prix et les conditions monétaires.
Daniel Sardá · Publié: · 5 min de lecture
La masse monétaire est l’ensemble des formes de monnaie disponibles dans une économie, mesuré selon leur degré de liquidité. Elle comprend les espèces, mais aussi les dépôts bancaires et, dans les mesures les plus larges, certains instruments convertibles en moyens de paiement avec une relative facilité.
Il n’existe pas de chiffre unique qui englobe tout ce qui peut être considéré comme de la monnaie. Les autorités statistiques utilisent donc plusieurs agrégats monétaires : chacun trace une frontière différente entre les actifs immédiatement utilisables et ceux qui sont un peu moins liquides.
Idée clé : la masse monétaire ne compte pas seulement les billets et les pièces ; elle comprend aussi la monnaie déposée dans les banques et, selon l’agrégat, d’autres actifs liquides.
Masse monétaire, base monétaire et offre de monnaie
Bien qu’elles apparaissent souvent ensemble, ces expressions ne signifient pas exactement la même chose.
La base monétaire est la monnaie créée par la banque centrale. Elle se compose principalement des espèces et des réserves que les banques commerciales détiennent auprès de cette institution. La masse monétaire au sens large comprend, en revanche, aussi les dépôts du public et d’autres instruments liquides. Confondre ces deux mesures revient à traiter les réserves bancaires et le solde d’un compte courant comme s’ils étaient la même chose.
L’expression offre de monnaie est souvent employée dans la vulgarisation comme synonyme de masse monétaire. Dans une analyse technique, toutefois, il convient de préciser l’agrégat observé, car parler de « la quantité de monnaie » sans en définir les composantes peut masquer des différences importantes.
Comment la mesurer : de M1 à M3
Les agrégats ordonnent la monnaie, des formes les plus liquides aux mesures progressivement plus larges. Leurs composantes concrètes peuvent varier selon les juridictions. Dans la zone euro, par exemple, la Banque centrale européenne utilise cette logique :
- M1 réunit les espèces en circulation et les dépôts à vue, qui peuvent être utilisés immédiatement pour payer.
- M2 comprend M1 et ajoute certains dépôts à court terme ou remboursables avec préavis.
- M3 comprend M2 et englobe d’autres instruments liquides, comme certaines parts de fonds monétaires, des opérations de pension et des titres de dette à court terme.
Chaque agrégat large inclut le précédent. L’objectif n’est pas de décider quel actif est de la « vraie monnaie », mais de proposer différents points de vue pour analyser la quantité de pouvoir d’achat liquide disponible et la rapidité avec laquelle il peut être mobilisé.
Idée clé : M1 répond mieux à la question de la quantité de monnaie qui peut être dépensée immédiatement ; M2 et M3 élargissent le regard aux actifs proches de la monnaie.
Qui influence la quantité de monnaie ?
La banque centrale influence les conditions monétaires par ses taux, ses opérations et la fourniture de réserves. Mais elle ne contrôle pas directement chaque unité incluse dans les agrégats larges. La quantité de monnaie dépend aussi des banques commerciales, de la demande de crédit et des décisions des ménages et des entreprises.
Lorsqu’une banque accorde un prêt, elle crédite généralement un dépôt sur le compte de l’emprunteur. Ce processus peut augmenter la masse monétaire au sens large. Lorsque le prêt est remboursé, le dépôt créé diminue. La Banque d’Angleterre souligne que ce mécanisme ne permet pas de prêter sans limites : le risque, les fonds propres, la réglementation, la demande et la politique monétaire interviennent.
Ainsi, « imprimer de la monnaie » ne décrit qu’une partie du phénomène. Dans les économies modernes, une part importante de la monnaie utilisée pour les paiements existe sous forme de dépôts bancaires, et non d’espèces physiques.
Quel lien avec l’inflation, le crédit et l’activité ?
Observer la masse monétaire aide à évaluer les conditions du crédit, les dépenses potentielles et l’évolution des prix. Une expansion soutenue peut faciliter davantage de prêts et de dépenses ; une contraction peut accompagner des conditions financières plus restrictives.
Toutefois, une variation monétaire isolée ne permet pas de prévoir automatiquement de combien ni à quel moment les prix changeront. La transmission dépend notamment de la quantité de monnaie que le public souhaite conserver, de la demande de crédit, de l’évolution de la production et des anticipations. La croissance monétaire est donc pertinente pour étudier l’inflation, mais ne constitue pas à elle seule une explication complète à court terme.
Idée clé : davantage de masse monétaire n’implique pas une hausse immédiate et proportionnelle de tous les prix ; la façon dont cette monnaie circule, le moment et sa finalité comptent.
Confusions fréquentes
La masse monétaire ne se résume pas aux espèces, car elle comprend les dépôts et d’autres actifs liquides. Elle n’est pas non plus identique à la base monétaire, qui se limite à la monnaie de banque centrale. Et une augmentation de la masse monétaire ne prouve pas à elle seule que les banques prêtent sans contraintes ni que l’inflation future peut être calculée à l’aide d’une règle simple.
La mesurer compte parce que cela permet d’observer comment la monnaie et le crédit évoluent dans une économie. Ces informations aident à évaluer la stabilité monétaire, le pouvoir d’achat et les conditions dans lesquelles les personnes et les entreprises prennent leurs décisions. Une lecture utile commence toujours par une question précise : quel agrégat mesure-t-on et quelles formes de monnaie comprend-il ?