Société civile : définition et distinction avec l’État

La société civile est le domaine des associations et des actions collectives qui relie les personnes entre elles et aux institutions publiques.

Daniel Sardá · Publié: · 8 min de lecture

La société civile est le domaine diversifié des associations, des communautés et des actions collectives qui se forme entre les personnes et face à l’État. Elle comprend des organisations créées pour défendre des intérêts, partager des valeurs, apporter de l’aide, exprimer des demandes ou collaborer autour d’objectifs communs.

Une association de quartier, un syndicat, une fondation, une organisation religieuse ou une ONG peuvent en faire partie. Mais la société civile n’est pas simplement tout ce qui reste en dehors du gouvernement, et elle n’est pas synonyme de l’ensemble de la société.

Le terme a aussi une acception juridique distincte. Dans certains pays, « société civile » désigne une forme contractuelle régie par le droit civil. Cet article se concentre sur son sens sociopolitique et précise son sens juridique pour éviter les confusions.

En termes simples : la société civile est l’espace où les personnes s’organisent de manière autonome pour poursuivre des fins communes, sans faire partie de l’appareil d’État.

Ce que signifie la société civile

En science politique, la société civile est généralement décrite comme un réseau intermédiaire entre les individus et l’État. Britannica, par exemple, met l’accent sur les groupes, les communautés et les liens qui occupent cet espace. C’est une définition opérationnelle utile, même si ses frontières ne sont ni universelles ni toujours nettes.

L’idée centrale ne dépend pas du fait qu’une organisation soit grande, professionnelle ou légalement constituée. La société civile peut inclure aussi bien des institutions stables que des groupes informels qui se réunissent pour traiter un problème précis. L’essentiel est qu’il existe une forme d’association ou d’action collective autonome.

Une ONG peut donc être une organisation de la société civile, mais les deux concepts ne signifient pas la même chose. La société civile est un domaine plus large : elle comprend de multiples types d’organisations, de réseaux et d’initiatives.

Elle n’équivaut pas non plus à la « citoyenneté ». La citoyenneté décrit une condition politique et juridique des personnes. La société civile décrit des formes d’organisation et de participation que ces personnes peuvent créer, rejoindre ou soutenir.

Quelles organisations font partie de la société civile

Selon la définition employée, la société civile peut inclure :

  • Des associations de quartier, communautaires, culturelles ou professionnelles.
  • Des syndicats, des groupements professionnels et des organisations de travailleurs.
  • Des fondations, des organisations caritatives et des ONG.
  • Des Églises et d’autres organisations religieuses.
  • Des mouvements sociaux, des réseaux citoyens et des groupes informels.

L’OCDE utilise une définition large qui englobe les organisations non gouvernementales et sans but lucratif présentes dans la vie publique, des groupes informels aux grandes entités.

Une liste ne résout cependant pas tous les cas. Un groupement d’entreprises participe aux affaires collectives, mais représente aussi des intérêts économiques. Une organisation peut recevoir des fonds publics sans devenir automatiquement une partie de l’État. Une autre peut se déclarer indépendante tout en agissant sous contrôle politique.

Il convient donc d’évaluer chaque cas par des questions concrètes : l’organisation appartient-elle à l’appareil d’État ? A-t-elle été créée principalement pour concourir à la conquête du pouvoir public ? Son activité centrale est-elle l’échange commercial ? Conserve-t-elle l’autonomie nécessaire pour définir ses fins et ses décisions ?

Société civile et État : quelle différence ?

L’État exerce l’autorité publique, édicte et applique des règles, prélève des impôts et dispose d’institutions dont les compétences s’imposent sur un territoire. La société civile, en revanche, rassemble des organisations non étatiques qui naissent de l’initiative sociale et agissent par la participation, la persuasion, la coopération ou la pression publique.

Cette différence ne signifie pas que les deux domaines doivent être isolés. Une association peut dialoguer avec un ministère, participer à une consultation publique, surveiller une politique ou collaborer à la fourniture d’un service. La relation peut relever de la coopération, de la critique, de la négociation ou du conflit.

L’autonomie est le critère décisif. Une entité financée ou réglementée par l’État peut encore appartenir à la société civile si elle conserve une capacité réelle de se gouverner et d’exprimer ses propres positions. Si elle fonctionne comme un prolongement du pouvoir public, cette classification devient beaucoup moins convaincante.

Dans une perspective libérale classique, les associations indépendantes importent parce qu’elles créent des espaces de coopération qui ne dépendent pas d’une direction politique centrale. Elles peuvent aussi exprimer des intérêts, exiger une reddition de comptes et limiter la concentration du pouvoir. Ce sont des fonctions possibles, et non des vertus automatiques de toute organisation.

La société civile et le marché ne sont pas la même chose

Le marché coordonne les échanges économiques entre les personnes et les organisations. La société civile renvoie principalement aux associations orientées vers des fins collectives non étatiques, souvent non lucratives. Les deux domaines naissent d’interactions sociales décentralisées, mais répondent à des objectifs différents.

Une entreprise vend des biens ou des services et fait partie de l’économie de marché. Une fondation qui rassemble des dons pour financer des bourses se situe généralement dans la société civile. Un groupement d’entreprises se trouve dans une zone frontière : il représente des participants au marché, mais agit collectivement face à la société et aux institutions publiques.

Dire que la société civile est « tout ce qui n’est pas étatique » effacerait cette différence. Cela inclurait aussi sans nuance les familles, les entreprises et toute relation privée, faisant perdre au concept son utilité.

Société civile et partis politiques

Les partis politiques sont eux aussi des organisations volontaires, mais présentent une caractéristique particulière : ils cherchent à accéder au pouvoir de l’État ou à influencer directement son exercice par les élections et les fonctions publiques.

Pour cette raison, de nombreuses définitions séparent les partis de la société civile. Les organisations civiles peuvent influencer les décisions publiques, mais elles ne sont généralement pas créées pour gouverner. Une association environnementale peut promouvoir une loi ; un parti présente des candidats pour occuper les institutions qui l’adopteront ou l’appliqueront.

Une fois encore, la frontière dépend de la définition. Certaines conceptions larges incluent les partis parmi les associations civiles. Le plus précis est d’expliquer le critère retenu plutôt que d’affirmer qu’ils appartiennent toujours, ou jamais, à la société civile.

La liberté d’association comme base institutionnelle

La société civile a besoin que les personnes puissent se réunir, créer des organisations, définir des objectifs et quitter des groupes sans coercition. La liberté d’association offre une base juridique à cette autonomie.

L’article 22 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques reconnaît à toute personne le droit de s’associer librement avec d’autres, y compris le droit de constituer des syndicats et d’y adhérer. Cette reconnaissance protège une condition importante de l’émergence d’organisations indépendantes.

Mais l’existence formelle de ce droit ne garantit pas à elle seule une société civile active, plurielle ou efficace. La possibilité pratique de s’organiser, la sécurité de ses membres, la tolérance face au désaccord et des règles qui ne transforment pas l’association autonome en privilège soumis à l’approbation politique comptent également.

Pourquoi la société civile importe

La société civile permet aux personnes de coopérer sur des problèmes et des intérêts qu’elles ne peuvent ou ne souhaitent pas traiter isolément. Ses organisations peuvent apporter de l’aide, préserver des traditions, représenter des professions, défendre des droits, produire des connaissances ou ouvrir des canaux de dialogue avec les institutions publiques.

Elles fonctionnent aussi comme des institutions intermédiaires : elles relient les individus et les communautés à des structures plus grandes. Une personne isolée dispose généralement de peu de moyens pour exprimer une demande publique ; une association peut rassembler des informations, coordonner les efforts et rendre visible une préoccupation partagée.

Du point de vue du libéralisme classique, ce tissu associatif mérite attention parce qu’il répartit l’initiative et le pouvoir social. Une société où toute action collective dépend du gouvernement laisse peu de place à l’autonomie. Toutefois, idéaliser la société civile serait une erreur : ses organisations peuvent être opaques, excluantes, captées par des intérêts particuliers ou contraires à la liberté d’autrui.

L’étiquette « société civile » ne démontre ni représentativité, ni transparence, ni légitimité. C’est une catégorie descriptive, et non un certificat moral.

L’acception juridique de la société civile

Dans le langage juridique, « société civile » peut signifier autre chose : une société ou un contrat par lequel plusieurs personnes mettent en commun des ressources ou des activités pour en partager les résultats. Les règles concrètes varient selon les pays.

Par exemple, le Code civil espagnol, dans ses articles 1665 à 1670, réglemente une figure appelée sociedad. Cet usage relève du droit privé et ne doit pas être confondu avec le réseau d’associations et d’actions collectives étudié par la science politique.

Le contexte révèle généralement le sens correct. Si le texte parle de participation citoyenne, d’ONG, de mouvements ou de relations avec l’État, il emploie probablement l’acception sociopolitique. S’il parle d’associés, d’apports, de contrats ou de partage des bénéfices, il emploie probablement une acception juridique propre à l’ordre juridique concerné.

Une règle simple pour reconnaître le concept

Pour identifier la société civile au sens sociopolitique, il convient de penser à des personnes qui s’organisent de manière autonome autour de fins partagées, en dehors de l’appareil d’État et sans réduire leur activité centrale à l’échange commercial ou à la conquête du pouvoir public.

La définition admet des cas frontières, et cette ambiguïté n’est pas un défaut qu’une liste rigide permettrait d’éliminer. L’essentiel est de distinguer le concept de l’ensemble de la société, de l’État, du marché, des partis et de la figure juridique qui porte le même nom.

Ainsi comprise, la société civile est un espace pluriel de coopération et de participation. Elle peut servir d’intermédiaire entre les personnes et le pouvoir, mais sa valeur dépend de la liberté, de l’autonomie et de la responsabilité avec lesquelles agissent ses organisations.

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