Généralité de la loi : signification et importance
La généralité de la loi exige des règles destinées à des catégories ouvertes de personnes et de situations, et non des privilèges ou des sanctions conçus pour un cas précis.
Daniel Sardá · Publié: · 7 min de lecture
La généralité de la loi est la qualité par laquelle une règle s’adresse à des catégories de personnes ou de situations, au lieu de prévoir une conséquence exclusivement pour une personne identifiée ou pour un cas déterminé et fermé.
Une norme qui fixe une limitation de vitesse pour tout conducteur circulant sur une voie donnée est générale. Une loi créée pour sanctionner nommément une personne précise ne l’est pas, même si elle a été adoptée selon la procédure législative habituelle.
La généralité ne signifie pas que chaque loi doive s’appliquer à toute la population. Une réglementation peut ne concerner que les contribuables, les employeurs, les médecins ou les conducteurs et rester générale, à condition de définir une catégorie ouverte au moyen de critères pertinents, sans servir de déguisement pour favoriser des sujets identifiables ou leur nuire.
Idée clé : une loi est générale lorsqu’elle fixe une règle pour une catégorie de destinataires ou de cas, et non lorsqu’elle fabrique une solution sur mesure pour une personne nommément désignée.
Ce que signifie le caractère général d’une loi
La généralité répond principalement à une question : à qui la norme s’adresse-t-elle ?
Selon la définition du Dictionnaire panhispanique de l’espagnol juridique, la loi générale s’adresse aux citoyens sans viser particulièrement certains d’entre eux ni des situations concrètes. En pratique, elle identifie ses destinataires par des conditions que toute personne pourrait remplir : conduire, embaucher des travailleurs, percevoir des revenus ou exercer une profession donnée.
La règle peut ainsi s’appliquer chaque fois qu’apparaît un membre de la catégorie prévue. Le législateur n’a pas besoin de connaître son identité à l’avance. La norme existe avant le cas et peut servir à résoudre des cas futurs comparables.
Par exemple, les règles suivantes ont une forme générale :
- Toute personne qui dépasse une certaine vitesse encourt la même conséquence juridique prévue.
- Quiconque remplit des conditions publiques et objectives peut demander une licence.
- Toute entreprise exerçant une activité donnée doit respecter une obligation commune.
À l’inverse, une règle perd son caractère général lorsqu’elle accorde un privilège à un bénéficiaire identifiable, impose une sanction à une personne nommément désignée ou définit une catégorie artificielle qui ne peut concerner qu’un sujet déjà sélectionné.
La généralité ne se confond pas avec l’abstraction
La généralité et l’abstraction apparaissent souvent ensemble, mais décrivent des aspects différents d’une norme.
La généralité concerne les destinataires : la règle est formulée pour une catégorie de personnes, et non pour des individus particuliers. L’abstraction concerne l’hypothèse réglementée : elle décrit un type de situation susceptible de se répéter, et non un événement unique déjà individualisé.
Une norme qui établit ce qui se produit lorsqu’un conducteur quelconque dépasse une limitation réunit les deux qualités. Elle est générale parce qu’elle concerne une catégorie ouverte de conducteurs, et abstraite parce qu’elle régit un comportement susceptible de se répéter de nombreuses fois.
Cette distinction aide à comprendre les lois dites particulières. Certaines s’adressent à un destinataire unique ; d’autres règlent un cas concret et y épuisent leurs effets. Ce sont des exceptions à la manière habituelle de légiférer, mais elles ne sont pas pour autant automatiquement invalides dans tous les ordres juridiques. Leur justification et leurs contrôles dépendent du système juridique applicable.
Elle n’équivaut pas non plus à l’universalité ou à l’impersonnalité
Une loi générale n’a pas à imposer exactement la même règle à chaque habitant. Les normes distinguent des catégories parce que les activités et les situations sont elles aussi différentes. Une obligation imposée aux employeurs ne cesse pas d’être générale parce qu’elle ne concerne pas ceux qui n’embauchent pas de travailleurs.
L’essentiel est que la catégorie repose sur des critères publics, ouverts et liés à la finalité de la norme. Plus elle semble construite pour inclure ou exclure des personnes choisies à l’avance, moins sa prétention à la généralité est solide.
L’impersonnalité exprime une conséquence pratique voisine : la décision juridique ne devrait pas dépendre du nom, des relations politiques ou de la convenance du gouvernant. Toutefois, éviter les noms propres ne suffit pas. Une description apparemment neutre peut être rédigée de manière si étroite qu’elle dissimule en réalité du favoritisme ou de la persécution.
Son lien avec l’égalité devant la loi
La généralité favorise l’égalité devant la loi, mais les deux idées ne sont pas identiques.
La première est une qualité formelle de la règle : elle exige une formulation par catégories. L’égalité juridique implique une évaluation plus large : elle demande si les différences de traitement sont justifiées, si la norme est appliquée de manière cohérente et si toutes les personnes bénéficient d’une égale protection.
Une loi peut donc être générale tout en étant injuste ou discriminatoire. Elle peut s’appliquer à tous les membres d’une catégorie, mais reposer sur une classification arbitraire ou imposer une charge disproportionnée. La forme générale rend certains abus plus difficiles, mais ne garantit pas à elle seule la justice du contenu.
L’inverse se produit également : traiter différemment des situations réellement différentes ne viole pas nécessairement l’égalité. La question pertinente est de savoir s’il existe une raison juridique défendable justifiant la distinction, et non si chaque norme emploie exactement les mêmes mots pour tout le monde.
Pourquoi la généralité limite l’arbitraire
Les règles générales aident les personnes à prévoir les conséquences juridiques de leurs décisions. Si une norme est connue avant le cas et s’applique à ceux qui remplissent les mêmes critères, la marge dont dispose l’autorité pour improviser récompenses ou sanctions selon sa convenance diminue.
Cette qualité fait partie de la primauté du droit : la puissance publique doit agir au moyen de règles qui encadrent aussi ses décisions. Une autorité qui peut modifier la norme pour chaque adversaire, allié ou situation n’est pas véritablement limitée par elle.
Du point de vue du libéralisme classique, la généralité importe précisément parce qu’elle rend plus difficiles le privilège légal et la sanction ad personam. Elle offre aussi un cadre plus prévisible dans lequel les individus et les associations peuvent organiser leurs projets sans dépendre continuellement de la faveur politique.
Mais son effet doit être formulé avec soin. La généralité réduit les occasions d’arbitraire ; elle ne les élimine pas. Le contenu des normes, leur publicité, leur stabilité, les garanties procédurales, l’indépendance des contrôles et la manière dont les autorités les appliquent comptent aussi.
Peut-il exister une loi pour un cas particulier ?
Toute décision juridique n’a pas à être générale. Les jugements règlent des litiges concrets et les actes administratifs appliquent des règles à des personnes ou à des situations déterminées. Cette individualisation fait normalement partie du droit lorsqu’elle s’effectue dans le cadre de normes préexistantes et avec des garanties.
La question est plus délicate lorsque le législateur lui-même remplace une règle générale par une loi destinée à régler directement un cas unique. Certains systèmes admettent des lois particulières dans des circonstances exceptionnelles, sous réserve d’une justification suffisante et de contrôles renforcés. Il convient donc de ne pas affirmer que toute loi particulière est nécessairement illicite.
Le risque institutionnel apparaît lorsque l’exception devient une méthode : privilèges pour les alliés, charges conçues sur mesure pour les adversaires ou solutions législatives contournant les procédures ordinaires d’application et de contrôle.
Comment reconnaître le caractère général d’une règle
Pour évaluer une norme, il convient de poser quatre questions :
- Définit-elle ses destinataires au moyen d’une catégorie ouverte et objective ?
- La règle existait-elle avant le cas ou semble-t-elle avoir été créée pour le régler sur mesure ?
- Pourrait-elle s’appliquer de manière cohérente à des cas futurs comparables ?
- La distinction utilisée répond-elle à la finalité annoncée ou dissimule-t-elle du favoritisme ou de la persécution ?
La généralité de la loi n’exige pas d’ignorer toutes les différences et ne promet pas des normes justes par définition. Elle exige quelque chose de plus concret : que la législation fonctionne selon des critères communs, et non comme un ensemble d’ordres personnels.
Cette discipline formelle rend la loi plus prévisible, renforce l’égalité juridique et limite l’usage discrétionnaire du pouvoir. Elle ne réalise pas à elle seule l’idéal d’une société libre, mais elle est l’une des conditions qui empêchent la loi de devenir un privilège pour les uns et une menace particulière pour les autres.