La réponse brève
Oui : le libéralisme vénézuélien actuel existe en tant qu’écosystème identifiable.
Ce n’est pas une grande force électorale, ce n’est pas un courant de masse et il ne fonctionne pas non plus comme un bloc parfaitement coordonné. Cependant, il existe bel et bien aujourd’hui au Venezuela comme un réseau d’institutions, d’organisations civiques, de juristes, d’économistes, de vulgarisateurs et d’espaces de formation qui défendent, avec différentes nuances, des idées telles que la liberté individuelle, le libre marché, la propriété privée, le gouvernement limité et l’État de droit. Pour comprendre le noyau doctrinal de ce vocabulaire, il convient de revenir au préalable aux principes du libéralisme classique.
Cette précision importe parce qu’elle évite deux erreurs fréquentes. La première consiste à affirmer qu’il n’y a pas de libéralisme organisé au Venezuela. La seconde consiste à exagérer et à le présenter comme une force politique consolidée. L’image la plus fidèle se situe entre les deux : une minorité intellectuelle, civique et institutionnelle réelle, plus solide dans la production d’idées, la formation et le débat public que dans une structure partisane de masse.
Le centre de gravité : Cedice Libertad
S’il faut situer un acteur central au sein du libéralisme vénézuélien actuel, cet acteur demeure Cedice Libertad. L’organisation elle-même se définit comme une association civile privée et indépendante fondée en 1984 par des personnes engagées dans la défense de la liberté individuelle, de l’initiative privée, des droits de propriété, du gouvernement limité et de la paix. De plus, elle se présente comme un think tank fondé sur les principes du libre marché et de la liberté individuelle.
Son importance ne dépend pas seulement de son ancienneté. Cedice réunit plusieurs fonctions qui coïncident rarement au sein d’une même institution vénézuélienne : recherche, formation, vulgarisation, observatoires, travail auprès des jeunes, programmes sur l’entrepreneuriat, l’énergie, la citoyenneté et la propriété, en plus d’une ligne éducative explicitement libérale. Dans sa propre description institutionnelle, son dessein est de promouvoir une démocratie libérale fondée sur la coopération volontaire et la pleine jouissance de la liberté individuelle.
C’est pourquoi elle demeure le point de référence le plus clair du libéralisme vénézuélien contemporain. Non pas parce qu’elle épuise l’ensemble de la carte, mais parce qu’elle constitue l’organisation la plus cohérente, visible et dont on peut retracer le parcours au sein de cet espace.
Sa continuité pèse également. Cedice a fêté ses 40 ans en 2024, fait peu commun dans l’écosystème civique et intellectuel vénézuélien. Il ne s’agit pas d’une initiative de circonstance, mais d’une institution dotée d’une trajectoire, d’une mémoire, de programmes et d’une présence publique soutenue.
Sources et canaux
- Cedice Libertad
- Qui sommes-nous
- Ce que nous faisons
- Académie libérale
- Les 40 ans de Cedice Libertad
- YouTube
Organisations, think tanks et réseaux qui complètent la carte
Ciudadanía Sin Límites
Ciudadanía Sin Límites aide à montrer que le libéralisme vénézuélien actuel ne s’exprime pas uniquement sur le plan économique. L’organisation se définit comme un think tank qui cherche à contribuer à un monde libre, prospère et pacifique où la liberté individuelle, la démocratie, les droits de propriété, le gouvernement limité et le libre marché sont garantis par l’État de droit et le respect des droits humains.
Cela la rend pertinente dans cette radiographie, car elle ajoute une dimension plus civique et institutionnelle. Il ne s’agit pas simplement d’un centre d’économie de marché, mais d’un espace qui relie le langage libéral classique à la citoyenneté, à la démocratie libérale, à l’organisation publique et à la culture politique.
Sources et canaux
Libre Desarrollo
Libre Desarrollo mérite d’être mentionnée, mais avec prudence. Il existe bien une trace publique vérifiable de son existence : une présence sur les réseaux et des références croisées dans des sources publiques. Cependant, sa solidité institutionnelle ouverte ne paraît pas comparable à celle de Cedice, de sorte qu’il convient de la traiter comme une initiative réelle, bien que moins consolidée dans l’espace public.
Sources et canaux
RELIAL et Atlas Network
Les réseaux internationaux comptent également parce qu’ils situent actuellement le libéralisme au Venezuela au sein d’une conversation plus large.
RELIAL se présente comme un réseau libéral latino-américain et Rocío Guijarro y apparaît publiquement liée.
Atlas Network, pour sa part, se définit comme un réseau international qui renforce les organisations faisant la promotion de la liberté individuelle et réduisant les obstacles à l’épanouissement humain. Elle a également publié des documents liés au Venezuela et à des organisations associées à l’écosystème libéral vénézuélien.
Ces réseaux ne remplacent pas la base locale, mais ils montrent bien que cet espace n’est pas isolé. Il dispose de connexions régionales et internationales, un élément pertinent pour comprendre son langage, ses alliances et une partie de sa projection publique.
Sources et canaux
- RELIAL
- Découvrez les intervenants
- Atlas Network : Our Mission
- Economic Freedom Audit : Case Studies — Venezuela
- The Iron Lady of Liberty in Latin America
Les principales figures publiques
1) Daniel Lahoud
Daniel Lahoud représente probablement le profil le plus proche du libéralisme économique doctrinal au sein de cette sélection. Des sources publiques le présentent comme économiste, historien, professeur d’université et disciple explicite de l’École autrichienne d’économie.
Son importance au sein de cette cartographie ne réside pas dans l’activisme partisan, mais dans la formation intellectuelle. Lahoud contribue à montrer qu’il existe bien au Venezuela une veine libérale soucieuse de théorie monétaire, d’histoire de la pensée économique, de critique de l’interventionnisme et de diffusion d’auteurs tels que Mises et Hayek.
En d’autres termes, sa figure sert à rappeler que le libéralisme vénézuélien actuel n’est pas seulement une opinion conjoncturelle sur la politique ou l’économie, mais aussi un travail doctrinal plus net.
Sources et canaux
- Mises Institute : economist promoting Austrian economics in Venezuela
- Version en espagnol / Mises Wire
- X
- Blog / Questions de finance
2) Rocío Guijarro
Rocío Guijarro est la figure la plus visible du libéralisme institutionnel vénézuélien. Les sources officielles la désignent comme directrice générale de Cedice Libertad et, à l’échelle régionale, comme une personnalité liée à RELIAL.
Sa pertinence réside dans le fait qu’elle articule un libéralisme qui ne se limite pas au marché au sens strict. Ses interventions publiques relient libre marché, propriété privée, libertés individuelles, citoyenneté et État de droit. Ce croisement entre économie, société civile et cadre institutionnel la rend centrale au sein de cette radiographie.
Plus qu’une commentatrice isolée, Guijarro incarne une forme de libéralisme organisée, institutionnelle et durable.
Sources et canaux
- Cedice Libertad / Qui sommes-nous
- Transparencia Venezuela : Cedice vise les libertés individuelles au sens large
- Rocío Guijarro : une innovactrice intellectuelle
- RELIAL / Découvrez les intervenants
- X
- Cedice Libertad
- Instagram institutionnel de Cedice
3) Víctor Maldonado
Víctor Maldonado occupe une place plus frontale et plus politique au sein de cette radiographie. Sur son propre site, il se présente comme analyste politique et organisationnel, professeur, conférencier, chroniqueur et « libéral convaincu ».
Son importance tient au fait qu’il exprime un libéralisme classique reconnaissable, mettant l’accent sur le marché ouvert, l’État limité, la défense de l’entreprise privée et la critique du socialisme et de l’interventionnisme.
Il ne remplit pas le même rôle académique que Lahoud ni le même rôle institutionnel que Guijarro, mais il apporte une voix claire sur le terrain de l’opinion, de la bataille culturelle et de la vulgarisation publique.
Sources et canaux
- Économie et liberté, par Víctor Maldonado
- Site personnel
- Les premières décisions
- Civisme en action
- Je suis libéral
4) Pedro Pablo Fernández
Pedro Pablo Fernández représente la couche de vulgarisation numérique et de formation politique de l’écosystème libéral vénézuélien. L’IFEDEC l’identifie comme directeur général, et ses profils publics le montrent actif sur les réseaux sociaux et les plateformes vidéo.
Son discours public défend le libre marché, remet en question l’étatisme et aborde des idées économiques sous des formats plus accessibles à de larges publics. Cela le rend pertinent en tant que communicateur, et non pas simplement comme commentateur occasionnel.
Dans cette radiographie, il compte précisément pour cela : parce qu’il montre comment une partie du libéralisme vénézuélien actuel évolue également dans des formats courts, sur les réseaux sociaux, à travers des conférences et des contenus de vulgarisation plus directs.
Sources et canaux
- IFEDEC / Organigramme
- YouTube / chaîne principale
- Facebook / référence publique
- Vidéo de référence
- X
5) Daniel Di Martino
Daniel Di Martino est l’une des voix vénézuéliennes les plus visibles au sein de l’écosystème international pro-marché. Sa présence publique se situe principalement en dehors du Venezuela, particulièrement aux États-Unis, où il a développé une carrière d’économiste, de conférencier et de commentateur.
Sa pertinence au sein de cette radiographie tient au fait qu’il projette l’expérience vénézuélienne dans le débat international sur le socialisme, la liberté et le marché. Il n’occupe pas la même place qu’une organisation locale ni le même rôle qu’un think tank vénézuélien, mais il élargit la portée du discours libéral vénézuélien dans des circuits externes.
Cela en fait une figure utile pour comprendre une autre dimension de l’écosystème : celle de la projection transnationale.
Sources et canaux
- Manhattan Institute / profil
- Site personnel
- X
- How Socialism Destroyed Venezuela
- From Mamdani to Maduro : 2026 and the New World Order
6) José Ignacio Hernández
José Ignacio Hernández est probablement la figure la plus importante pour relier le libéralisme à l’État de droit, à la sécurité juridique, à la propriété, à l’arbitrage et aux limites institutionnelles du pouvoir.
Sa place dans cette radiographie est centrale car elle montre que le libéralisme vénézuélien ne se résume pas au marché et aux prix. Il s’agit également d’une préoccupation pour des règles stables, la légalité économique, des institutions fonctionnelles et la protection effective des droits.
Sa présence permet d’ajouter une précision clé : sans sécurité juridique, sans limites au pouvoir et sans cadres institutionnels stables, le discours libéral reste incomplet. Hernández représente précisément cette dimension juridique et institutionnelle.
Sources et canaux
- Informations professionnelles
- Professional Experience
- X
- La privatisation de facto de PDVSA et la destruction du pétro-État vénézuélien
- Essor et effondrement
7) José Toro Hardy
José Toro Hardy permet de relier le libéralisme vénézuélien actuel à l’un des grands thèmes structurels du pays : pétrole, ouverture et investissement privé.
Ce n’est pas un doctrinaire libertarien pur, mais bien une personnalité nettement favorable à l’ouverture, à l’investissement et à des solutions pro-marché dans le secteur énergétique vénézuélien. Son importance réside dans le fait de montrer comment certaines idées libérales s’articulent dans une discussion très concrète : comment reconstruire l’industrie pétrolière sans retomber dans des formules étatistes fermées.
Cela le situe dans une strate plus sectorielle et technique de l’écosystème.
Sources et canaux
- Voz de América : des experts conseillent une privatisation judicieuse et prudente
- Concordia / profil
- X
- Publication sur X 1
- Publication sur X 2
- Instagram / reel
- Référence biographique sur Analitica
Les véhicules politiques : une présence, mais pas de centralité
Note éditoriale de Libertatis Venezuela
Chez Libertatis Venezuela, nous ne croyons pas que la voie partisane soit la principale ni la plus convaincante pour faire progresser un programme véritablement libéral. Notre orientation éditoriale accorde la priorité à la formation intellectuelle, à la culture politique, à la clarté conceptuelle, à la société civile, à la défense institutionnelle de la liberté et à la transformation à long terme, plutôt qu’à l’attente qu’un parti politique s’empare du pouvoir d’État et, à partir de là, réduise de manière durable la taille de l’État.
Cela étant dit, aux fins de cette radiographie, il convient de souligner qu’il existe des véhicules politiques ou politico-civiques qui emploient un langage libertarien ou libéral au Venezuela, bien qu’ils ne constituent pas le centre de gravité de l’écosystème. Cette différence entre tradition doctrinale et histoire politique s’apprécie mieux lorsqu’on compare cette cartographie actuelle avec l’histoire du libéralisme au Venezuela au XIXe siècle.
Partido Libertario de Venezuela
Le Partido Libertario de Venezuela existe publiquement et maintient une présence institutionnelle propre. Sa seule existence est pertinente pour cette cartographie, bien que nous ne le considérions pas ici comme l’axe central du libéralisme vénézuélien contemporain.
Canaux
Movimiento Libertario de Venezuela
Le Movimiento Libertario de Venezuela mérite également d’être mentionné comme partie intégrante de l’écosystème, bien qu’avec une nature différente de celle d’un parti traditionnel. Sa présence contribue à confirmer qu’il existe bel et bien des efforts organisés, au moins à petite échelle, pour articuler des idées libertariennes dans le pays.
Canaux
La conclusion ici est simple : ces véhicules existent, mais ils ne semblent pas structurer le champ. Le poids principal du libéralisme vénézuélien continue de reposer davantage sur des institutions d’idées, des prises de parole publiques, des réseaux et de la formation que sur des partis de masse.
Que révèle le libéralisme vénézuélien actuel ?
La radiographie laisse entrevoir un courant minoritaire, persistant et relativement articulé, bien qu’inégal. Il n’y a pas une seule école, ni une seule organisation, ni une seule manière d’être libéral au Venezuela.
Il existe plutôt plusieurs strates :
- une strate institutionnelle et doctrinale autour de Cedice ;
- une strate civique et de politiques publiques au sein d’espaces tels que Ciudadanía Sin Límites ;
- une strate juridique et institutionnelle portée par des voix comme José Ignacio Hernández ;
- une strate sectorielle incarnée par des figures telles que José Toro Hardy ;
- et une strate de communication numérique et de projection internationale portée par des noms comme Pedro Pablo Fernández et Daniel Di Martino.
Considérée dans son ensemble, cette cartographie suggère que le libéralisme au Venezuela est aujourd’hui plus solide sur le plan du langage, de la formation, des arguments et des réseaux que sur celui de sa propre force électorale. Ce n’est pas encore une grande force partisane autonome. Mais ce n’est pas non plus un mirage ni une simple addition de sympathies dispersées sans infrastructure. Il existe des institutions, des canaux, des leaders et une famille d’idées qui se reconnaît elle-même.
Conclusion
La meilleure manière de résumer le panorama est la suivante : le libéralisme vénézuélien actuel existe davantage comme un écosystème que comme un bloc.
Il existe au sein de Cedice Libertad comme centre institutionnel. Il existe au sein d’organisations civiques qui emploient sans détour le langage de la liberté individuelle, du libre marché et de l’État de droit. Il existe chez des juristes, des économistes, des analystes et des vulgarisateurs qui ne partagent pas toujours le même ton ni le même accent, mais bel et bien une famille de principes reconnaissable.
Il n’est pas majoritaire. Il n’est pas uniforme. Ce n’est pas une machine électorale consolidée. Mais il s’agit bien d’une minorité intellectuelle, civique et institutionnelle organisée, dotée de cercles de réflexion, de canaux publics et de voix visibles qui continuent de défendre ouvertement la liberté individuelle, la propriété privée, le libre marché et les limites du pouvoir.
Dans le contexte vénézuélien actuel, cela constitue déjà une donnée politique et intellectuelle pertinente.
Répertoire rapide des organisations et des figures
Organisations et réseaux
- Cedice Libertad : site, Instagram, YouTube
- Ciudadanía Sin Límites : site
- Libre Desarrollo : Instagram, YouTube
- RELIAL : site
- Atlas Network : site
- Partido Libertario de Venezuela : site, Instagram
- Movimiento Libertario de Venezuela : site, membres, Instagram
Figures publiques
- Daniel Lahoud : blog, X
- Rocío Guijarro : X, Cedice
- Víctor Maldonado : site, Instagram
- Pedro Pablo Fernández : X, Instagram, YouTube, IFEDEC
- Daniel Di Martino : site, X, Instagram, Manhattan Institute
- José Ignacio Hernández : site, X
- José Toro Hardy : X, Concordia, Analitica
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