Déréglementation économique : définition et conditions de protection de la liberté

La déréglementation économique peut ouvrir la voie à la concurrence et à la liberté en supprimant les barrières arbitraires, mais elle ne signifie pas vivre sans règles.

Daniel Sardá · Publié: · 10 min de lecture

La déréglementation économique consiste à réduire ou à supprimer des normes, des contrôles, des autorisations ou des obstacles qui restreignent une activité économique. La RAE définit la déréglementation comme l’action de déréglementer et son effet ; en économie, l’essentiel est de savoir quel type de règle est supprimé et ce qui le remplace.

Une société libre n’a pas besoin d’une autorisation politique pour chaque échange, contrat ou création d’entreprise. Mais elle ne peut pas non plus fonctionner sans propriété, contrats, tribunaux, responsabilité pour les dommages et règles générales.

Idée centrale : déréglementer ne signifie pas supprimer toute règle. Cela signifie examiner si une norme protège les droits et la concurrence, ou si elle ne fait que bloquer, renchérir ou soumettre l’activité économique à des décisions arbitraires.

C’est pourquoi la déréglementation économique est liée à la liberté économique (Lecture en espagnol), au libre marché (Lecture en espagnol), à la concurrence économique, à la propriété privée et à l’État de droit (Lecture en espagnol).

Ce qu’est la déréglementation économique

La déréglementation économique cherche à réduire les règles qui limitent l’entrée, l’activité ou la concurrence sur un marché. Elle peut concerner les formalités, les licences, les permis, les quotas, les contrôles des prix, les restrictions à l’importation, les barrières professionnelles ou les autorisations administratives.

Son objectif légitime n’est pas que chaque acteur fasse n’importe quoi. Il est que l’État cesse d’utiliser des normes inutiles pour empêcher les personnes et les entreprises de produire, de se concurrencer, de conclure des contrats ou d’échanger.

En termes simples, une réforme de déréglementation peut poser les questions suivantes :

  • Cette règle protège-t-elle des droits ou un groupe établi ?
  • Réduit-elle la fraude et les dommages, ou rend-elle seulement la concurrence plus difficile ?
  • S’agit-il d’une règle générale ou d’une autorisation discrétionnaire ?
  • Aide-t-elle le consommateur, ou limite-t-elle ses choix ?
  • Peut-on atteindre le même objectif avec une mesure moins restrictive ?

L’OCDE recourt à des évaluations de la concurrence pour repérer les restrictions réglementaires et proposer, lorsque c’est possible, des solutions moins restrictives.

Ce que déréglementer ne signifie pas

Le mot est souvent mal employé. Il est parfois présenté comme un synonyme de chaos, d’abus des entreprises ou de disparition de l’État. Cette caricature empêche de discuter du véritable problème : quelles normes sont nécessaires, et lesquelles deviennent des barrières ?

Cela ne signifie pas supprimer l’État de droit

Une économie libre a besoin de règles connues et appliquées de manière générale. Sans elles, personne ne sait si un contrat sera respecté, si une propriété sera protégée ou si une autorité changera les conditions par intérêt politique.

La déréglementation libérale ne remplace pas le droit par l’arbitraire. Au contraire : elle cherche à supprimer les autorisations discrétionnaires pour que les personnes dépendent moins de la faveur du fonctionnaire et davantage de règles claires.

Cela ne signifie pas tout privatiser

Privatiser consiste à transférer une entreprise ou une activité de l’État à des acteurs privés. Déréglementer est autre chose : réduire les normes qui limitent l’activité économique.

Il peut y avoir privatisation avec une forte réglementation. Il peut aussi y avoir déréglementation sans privatiser aucune entreprise. Il est utile de séparer les concepts pour ne pas mélanger des débats différents.

Cela ne signifie pas favoriser les grandes entreprises

Une mauvaise déréglementation peut favoriser les grandes entreprises si elle supprime les contrôles pour les acteurs établis tout en maintenant les barrières contre les nouveaux concurrents. Elle n’ouvre alors pas le marché ; elle consolide les privilèges.

Une bonne déréglementation va dans le sens inverse : elle facilite l’entrée, réduit les formalités inutiles et fait moins dépendre la concurrence des relations politiques.

Pourquoi elle peut protéger la liberté économique

La réglementation excessive ne prend pas toujours la forme d’une interdiction directe. Elle apparaît parfois de manière plus discrète : formulaires interminables, exigences impossibles à satisfaire pour les petits commerces, licences en nombre limité, permis qui prennent des mois, contrôles des prix ou autorisations qui dépendent de critères politiques.

L’effet pratique peut être profond. Celui qui est déjà installé dispose généralement d’avocats, de relations et de ressources pour se conformer aux exigences. Celui qui veut partir de zéro fait face à des coûts qu’il ne peut pas payer.

La déréglementation économique peut protéger la liberté lorsqu’elle réduit ces barrières. Elle permet à davantage de personnes d’essayer de produire, de vendre, d’importer, de conclure des contrats ou d’innover sans demander une autorisation à chaque étape.

Dans ses travaux sur l’environnement réglementaire des entreprises, la Banque mondiale recommande des réglementations transparentes et efficaces pour l’entrée, l’activité, la croissance et la sortie des entreprises, ainsi que des principes fondés sur le risque afin de réduire le pouvoir discrétionnaire et les charges excessives.

La nuance compte : le problème n’est pas l’existence de règles. Il apparaît lorsque les règles cessent de protéger les droits pour devenir des obstacles à leur exercice.

Les avantages possibles d’une bonne déréglementation

Les avantages ne sont pas automatiques. Ils dépendent de la qualité de la réforme, du secteur et des règles maintenues. Malgré cela, une bonne déréglementation peut produire des effets utiles.

Premièrement, elle peut ouvrir l’accès à de nouveaux concurrents. Si exercer une activité exige de franchir une montagne d’autorisations, seuls survivent ceux qui disposent déjà de ressources ou d’influence. Réduire les barrières permet à davantage de personnes de proposer d’autres options.

Deuxièmement, elle peut améliorer la concurrence. Lorsque les options sont plus nombreuses, les producteurs subissent davantage de pression pour mieux servir leurs clients, ajuster leurs prix, innover ou corriger leurs erreurs.

Troisièmement, elle peut réduire la corruption administrative. Chaque autorisation discrétionnaire est une occasion d’exiger des faveurs, de retarder des dossiers ou de sanctionner ceux qui n’ont pas de relations.

Quatrièmement, elle peut libérer du temps et des ressources. Moins de formalités inutiles signifie davantage d’énergie consacrée à produire, à conclure des contrats, à vendre, à apprendre et à s’améliorer.

Les travaux de l’OCDE sur la réglementation des marchés de produits analysent la manière dont les lois et les réglementations peuvent favoriser ou entraver l’entrée, l’expansion et la concurrence des entreprises. C’est une bonne manière de comprendre l’enjeu : il ne s’agit pas de détester les règles, mais d’évaluer si elles aident ou si elles bloquent.

Les risques d’une mauvaise déréglementation

La critique la plus forte de la déréglementation apparaît lorsqu’on la confond avec la suppression de toute limite. Cette critique ne doit pas être écartée d’emblée : certaines réformes suppriment des contrôles nécessaires ou laissent des vides qui nuisent aux consommateurs, aux travailleurs, aux propriétaires ou aux concurrents.

Une mauvaise déréglementation peut :

  • Supprimer la responsabilité pour les dommages ou la fraude.
  • Affaiblir les droits de propriété ou les contrats.
  • Laisser intacts les monopoles légaux tout en supprimant les garanties.
  • Favoriser les entreprises dotées d’un pouvoir politique.
  • Remplacer des règles claires par des décisions informelles.
  • Créer de l’incertitude plutôt que de la liberté.

C’est pourquoi il ne suffit pas de demander combien de règles sont supprimées. Il faut demander lesquelles.

Une économie libre n’a pas besoin d’un État qui dirige chaque prix ou autorise chaque entreprise. Mais elle a besoin de tribunaux, de responsabilité civile, de protection contre la fraude, de défense de la concurrence et de règles générales qui limitent aussi le pouvoir public.

Le problème de la capture réglementaire

Toute réglementation ne naît pas pour protéger le citoyen. Certaines normes finissent par protéger les acteurs qui dominent déjà un secteur.

Dans sa théorie de la réglementation économique, l’économiste George Stigler a expliqué que des groupes organisés peuvent utiliser le pouvoir coercitif de l’État pour obtenir des avantages, limiter l’entrée ou se protéger des concurrents. Cette idée aide à comprendre pourquoi une norme au langage technique peut fonctionner comme un privilège.

Une exigence coûteuse peut être présentée comme une protection du consommateur tout en empêchant, dans la pratique, de petits entrepreneurs d’entrer sur le marché. Une licence en nombre limité peut être présentée comme une mesure d’ordre, mais finir par accroître la valeur de la position de ceux qui la détiennent déjà. Une procédure longue peut paraître neutre, mais pénaliser davantage ceux qui n’ont pas de relations.

La capture réglementaire ne prouve pas que toute norme soit mauvaise. Elle montre quelque chose de plus précis : les normes doivent elles aussi être surveillées, car elles peuvent devenir des instruments privés au sein de l’appareil public.

Des critères libéraux pour évaluer une déréglementation

Une réforme de déréglementation mérite d’être soutenue lorsqu’elle accroît la liberté dans le cadre de règles générales. Elle mérite la méfiance lorsqu’elle ne fait que changer le bénéficiaire du privilège.

Ces critères sont utiles :

  • Supprime-t-elle les privilèges légaux ? Si une norme protège les entreprises établies contre les nouveaux concurrents, la supprimer peut ouvrir le marché.
  • Maintient-elle la responsabilité ? La liberté de produire ou de vendre ne supprime pas la responsabilité pour les dommages, la fraude ou les manquements aux engagements.
  • Réduit-elle le pouvoir discrétionnaire ? Une bonne réforme remplace les autorisations arbitraires par des règles claires.
  • Facilite-t-elle la concurrence ? Le but n’est pas de favoriser une entreprise, mais de permettre l’entrée et la rivalité.
  • Respecte-t-elle la propriété et les contrats ? Sans propriété privée et contrats dont l’exécution peut être exigée, la liberté économique devient fragile.
  • Utilise-t-elle la mesure la moins restrictive ? Si un problème peut être résolu sans bloquer l’entrée ni imposer des coûts inutiles, il convient de privilégier cette voie.

Le critère central est institutionnel : moins d’obstacles arbitraires et de meilleures règles générales.

Des exemples concrets

La déréglementation économique peut se présenter dans des situations quotidiennes.

Un permis d’ouverture d’un petit commerce peut protéger une sécurité élémentaire, mais il peut aussi devenir une course d’obstacles s’il exige des étapes sans pertinence, des délais indéfinis et des décisions opaques.

Une licence professionnelle peut certifier des compétences réelles dans des activités à haut risque. Mais si elle sert à limiter artificiellement l’entrée, à faire monter les prix ou à protéger des corporations professionnelles, elle devient une barrière.

Un contrôle des prix peut promettre une protection immédiate au consommateur. Mais si le prix imposé empêche de couvrir les coûts, il peut réduire l’offre, dégrader la qualité ou pousser l’activité vers les marchés informels.

Une restriction à l’importation peut être présentée comme une défense des producteurs locaux. Mais elle peut aussi fermer des options au consommateur et protéger des entreprises qui ne veulent pas affronter la concurrence.

Dans tous ces cas, la question n’est pas de savoir s’il doit y avoir une règle ou non. Elle est de savoir si la règle protège les droits et la concurrence, ou si elle protège le pouvoir.

Objections courantes

« La déréglementation laisse le consommateur sans défense »

Cela peut arriver si l’on supprime les règles contre la fraude, les dommages ou les manquements aux engagements. Mais ce n’est pas la seule manière de déréglementer.

Une réforme sérieuse peut supprimer les autorisations inutiles tout en maintenant la responsabilité juridique. Elle peut aussi remplacer les contrôles préalables par des sanctions claires lorsqu’une personne trompe, cause un dommage ou ne respecte pas ses engagements.

« Sans réglementation, des monopoles apparaissent »

Certains monopoles naissent précisément de barrières légales, de licences à accès fermé, de privilèges étatiques ou de restrictions contre les nouveaux concurrents. Dans ces cas, déréglementer peut accroître la concurrence.

Mais certains secteurs ont aussi besoin de règles pour éviter les abus, la collusion ou les privilèges. C’est pourquoi la position libérale n’est pas de « ne jamais réglementer », mais de réglementer de manière générale, limitée et compatible avec la concurrence.

« Déréglementer, c’est un programme idéologique »

Cela peut l’être si le terme est utilisé comme un slogan. Mais il peut aussi s’agir d’une question pratique : cette norme sert-elle le citoyen ou le pouvoir ?

Une personne peut défendre les règles contre la fraude tout en rejetant les autorisations arbitraires. Elle peut défendre la sécurité juridique tout en s’opposant aux formalités qui ne créent que de la dépendance politique.

Moins d’obstacles, de meilleures règles

La déréglementation économique ne doit pas être évaluée d’après le nombre de normes supprimées, mais selon la liberté réelle qu’elle permet et les règles générales qu’elle conserve.

Lorsqu’elle supprime les privilèges, les barrières à l’entrée et les contrôles arbitraires, elle peut ouvrir un espace à la créativité, à la concurrence et à la responsabilité individuelle. Lorsqu’elle supprime des garanties élémentaires ou laisse les privilèges intacts, elle peut transformer le problème sans le résoudre.

Une économie libre n’est pas une économie sans loi. C’est une économie où la loi protège la propriété, les contrats, la concurrence et la responsabilité, tout en limitant le pouvoir des fonctionnaires et des groupes organisés de fermer le marché.

Voilà l’enjeu : moins d’autorisations discrétionnaires, davantage d’État de droit. Moins d’obstacles à la production, davantage de responsabilité pour ses actes. Moins de privilèges, davantage de concurrence.

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